Julie De Carneilhan, Colette

En cinq minutes, elle revêtit le chemisier blanc, la jupe en pied de poule blanc et noir, la jaquette noire qui défiaient la mode. (…)
 » Il me faudrait un oeillet violet. Dix francs… Pas de blagues en ce moment-ci. » Elle feuilleta ses mouchoirs, trouva une pochette en crêpe mauve, la chiffonna en forme de fleur, la déchiqueta habilement à coups de ciseaux, et fleurit sa boutonnière. « Epatant! »

* ° *
– Mais qu’est-ce que tu fais qu’on ne se voit plus? gémissait Lucie Albert dans le téléphone.
– Je travaille, répondait Julie d’un ton important. Viens si tu veux, je t’apprendrai à tricoter des gants sport lavables.
Ses goûts d’essayiste lui revenaient, et son adresse manuelle. Elle dora une paire de mules, essaya une recette de vernis-Martin, sur une boîte de biscotte qui ressembla à un gros caramel. Enfin, elle tricota des gants et une écharpe en ficelle rose très fine, et Lucie Albert l’admirait. Mais les grands yeux de la petite pianiste-comptable s’ensommeillait à suivre les aiguilles, et elle ne savait goûter le repos qu’assise dans un bar ou une terrasse de café.
– Des gants lavables, j’en sais des épatants rue Fontaine, disait-elle. Même des bleu vierge, qu’il y a.
– En tricot mécanique, repartait Julie.
– Oui, et puis? C’est aussi bien.
(j’adore lire Colette depuis mon adolescence, j’ai certains de ses livres en triple exemplaires, mais en différentes éditions, car j’en découvre fréquemment dans les brocantes… Celui-là a une couverture ravissante, avec ce visage de jeune femme derrière lequel on aperçoit un mannequin de couturière et une malle… En toute franchise, je n’ai pas trouvé l’histoire extra, mais l’écriture de Colette est toujours fabuleuse, chroniques de la vie des femmes de son époque, de leurs activités quotidiennes, de leurs états d’âmes, de leurs tenues, de leurs animaux domestiques, même de leurs repas et des plantations qu’elles ont sur leurs balcons! J’adore…)

3 comments

  1. Marie* says:

    Moi j'adore "le blé en herbe" et les "vrilles de la vigne"! Une sacré femme, Colette! C'est vrai qu'elle sait parler de la vie quotidienne avec talent…

  2. mathilde says:

    @ Julie : je penses que tu as des chances de le trouver en brocante, ceci dit il doit être assez rare car je ne l'ai trouvé qu'une fois! Mais peut-être est-il encore édité?

    @ Marie : le blé en herbe, je l'ai lu l'été de mes 15-16 ans, et je me souviens encore comme ça m'avait troublé… Les vrilles de la vigne sont chez mes parents, et je ne crois pas l'avoir lu… je vais le ramener à mon prochain voyage chez eux!

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