Ce coeur changeant – Agnès Desarthe

ce coeur changeant

Alors qu’elles sortaient du métro et qu’elles s’engageaient sur une large avenue bordée de platanes, Louise dit à Rose :

« Tout ça, c’est fini, ma minette. A partir d’aujourd’hui, on ne s’usera plus les pattes à courir dans ces fichus souterrains. »

Rose aimait le métropolitain, mais n’osait pas le dire, car Louise était l’aînée, Louise savait, elle avait de l’expérience, elle l’avait sauvée. C’était aussi grâce à elle que Rose avait trouvé un emploi d’habilleuse à l’Opéra-Comique, et c’était un travail qu’elle aimait car on y tâtait de belles étoffes, des coiffes de reines. La boîte dont les différents tiroirs s’ouvraient en coulissant les uns sur les autres renfermait des dizaines de sachets en gaze, qui eux-même contenaient mille sortes de boutons, en nacre, en ébène, en verre, en tissu. Toutes les couleurs et toutes les formes y semblaient représentées, et c’était sa responsabilité. Elle était la gardienne des boutons. Son rôle consistait, entre autres, à dénicher l’identique à celui qu’on avait perdu sur scène, dont le fil avait craqué, au moment du final. Parfois, Rose pensait à ce lieu mystérieux, quelque part sous les planches que foulaient les artistes, un pays de rainures où tous les boutons perdus finissaient par s’échouer, constituant une lande secrète qui mêlait le brillant au terne, l’opaque au transparent. Rose adorait ses boutons et s’inquiétait de leur destin à un point qui agaçait Louise.

« Tu les préfères à moi », disait-elle.

Une fois trouvé le remplaçant, il fallait le coudre, et Rose s’y appliquait si bien qu’elle était convaincue qu’aucun bouton cousu par ses soins ne risquait de se détacher. On pouvait faire danser Carmen, battre Polichinelle ou se suspendre au manteau de Paillasse, le fil tenait bon. Rose y veillait.

 Extrait du roman Ce cœur changeant, Agnès Desarthe

Gilet Harriet

Harriet 2

Laine et modèle : Bergère de France

Ce gilet, je l’ai tricoté un moment dans le métro en face de touristes anglais. La dame m’avait félicitée en me lançant un « beautiful job! » lorsqu’elle avait quitté sa place en face de moi. Pour cette raison, j’ai baptisé mon colosse du prénom anglais qui m’est venu à l’esprit lorsque j’ai récemment repensé à cette anecdote!

Il s’agit du modèle 209 du catalogue Bergère de France 2009/2010. Il est encore en vente dans les magasins BDF (qui, contrairement à Phiphi, ont le bon goût de garder leurs articles loooogtemps en rayon, et de poursuivre leurs qualités de laines plus qu’une saison), mais je ne crois pas qu’il soit encore disponible sur le site internet. Je l’ai tricoté dans la plus petite taille en largeur, et dans la plus longue en hauteur.

Harriet 3

Robe : Camaïeu ■ Collants : Monoprix ■ Bottines : Kickers

Voici donc le fameux gilet, dont je vous parle depuis septembre, celui que j’ai tricoté, détricoté, retricoté, monté, démonté, remonté… Ne vous méprenez pas, il n’est pas particulièrement compliqué – juste très long – mais je l’ai commencé en même temps que ma reprise du travail, ce qui n’était pas franchement l’idée du siècle! J’ai le chic pour me lancer dans des tricots marathon pile quand j’ai le moins de temps possible, on dirait que je veux conjurer le sort, ou le provoquer!

J’ai donc tricoté la bestiole durant mes rares moments de disponibilité : en attendant un patient en retard, à l’heure du bain pendant que le krapouilli patauge, durant les quelques trajets de métro que j’effectue (et qui sont, à mon grand bonheur, mais au désespoir de mes avancées tricotesques, rarissimes), durant les vacances chez mes parents (lorsque j’ai 2, 3 ou 4 babysitters  gratis et enamourés sous la main), ou pendant deux-trois soirées tricot avec des copines.

Enfin, ça, c’est quand j’avais le droit d’accéder à mon tricot…

Harriet et Félicie

Bref, à part en ce qui concerne les deux derniers points,  j’ai chaque fois tricoté sans être véritablement concentrée. Graaaaaave erreur! Dans l’ordre des péripéties : j’ai tricoté tout le dos avant de me rendre compte que je m’étais plantée dans le point (je vous laisse imaginer le sentiment de solitude qui s’est emparé de moi lorsque j’ai constaté que j’avais tricoté des kilomètres pour rien…), j’ai tricoté une manche tout droit avant de réaliser que, hum, fallait l’élargir au fur et à mesure (élémentaire, mon cher Watson), et pour finir, j’ai cherché désespérément une technique facilitatrice pour l’encolure, faisant je ne sais combien d’essais, avant de revenir à la bonne vieille méthode classique.

Harriet 4

En effet, j’avais un peu la flemme de tricoter des bandes de côtes à part (ce que je fais habituellement), donc j’ai voulu tenter, pour gagner du temps, de reprendre des mailles tout le long des devants. Ce qui était plutôt concluant, jusqu’au moment où je me suis avisée de rabattre les mailles. Et là… J’ai demandé de l’aide sur T&N, visionné plusieurs vidéos youtube, lu plusieurs pages de mes vieux bouquins de tricot : aucune des finitions que j’ai testées ne me satisfaisait. Chaque fois, la finition était trop lâche, ou trop serrée, et peu esthétique, jamais aussi jolie que la bonne vieille méthode consistant à tricoter les bandes à part, pour les coudre ensuite, laborieusement, maille après maille, le long des devants. Dans ce cas de figure, c’est donc le rang de montage qui apparaît à l’extérieur, et c’est, pour le moment, ce que je trouve le plus joli et le plus adapté à une encolure.

Après moultes essais, donc, je me suis résolue à tricoter mes 2×208 mailles… (+ une petite bande à part pour la nuque) Le résultat est parfait, sauf… Sauf que les fameuses bandes de côtes ont une méchante tendance à rouloter vers l’intérieur, ce qui gâche le tomber des devants. Et ça, quelle que soit la méthode utilisée. Vous le voyez sur la photo précédente : l’encolure est sensée être en V, et les côtes visibles. Finalement, les côtes sont tournées contre ma robe, comme si elles avaient disparu!

J’ai cousu deux agrafes au niveau du creux du V, comme l’indiquait la notice, mais, étant donnée que j’ai la taille très marquée et les hanches un peu trop larges à mon goût, je ne trouve pas le résultat très heureux lorsque je ferme le gilet, notamment à cause de l’épaisseur des poches…

Harriet 5

Bof bof, n’est-ce pas? Bon, à part ce petit défaut qui implique que je renonce à porter mon gilet fermé (ce qui ne me dérange guère, j’aime exhiber les jolies robettes que je porte en-dessous), je suis vraiment ravie de mon nouveau copain, et ce, en grande partie grâce à la laine utilisée.

J’ai choisi celle qui correspondait au modèle, la Lima de Bergère de France, que j’avais pu tester lorsque j’avais réalisé la jolie veste Jeanne, et qui m’avait totalement conquise. 80% de laine et 20% d’alpaga, forcément, c’est du 100% douillet! Cette laine est légère, douce, chaude, ne se déforme pas, ne bouloche pas, se lave facilement, et, cerise sur le gâteau, la gamme des coloris, très douce, me plaît énormément. Bon, mon coloris n’est pas super fun, mais vu qu’il s’agissait d’une grosse pièce, j’ai préféré la jouer profil bas et adopter une de mes couleurs neutres favorites: le gris.

Gilet Harriet

La couleur réelle est celle des photos où je porte le gilet; ici, elle tire un peu sur le verdâtre… Vous pouvez admirer au passage, sur la photo en bas à gauche, un autre petit défaut de réalisation, dont j’ai l’entière responsabilité : je n’ai pas fait attention à inverser mes points entre le devant et le dos, ce qui fait une jonction un peu moyenne. Bon, c’est pas la catastrophe, mais moi, je le sais, et ça me chiffonne!

Concernant le point, d’ailleurs, il est tout simple mais fait, je trouve, beaucoup d’effet. Il s’agit d’un point fantaisie qui se tricote avec une alternance de groupes de 3 m et 3 rangs endroit/envers, séparés par deux rangs de jersey envers : c’est ce qui donne le léger relief entre les « damiers ». J’ai adoré tricoter ce point, il est vraiment joli et sympa à faire.

Harriet 8

Les poches sont faites selon une technique géniale, que j’avais déjà rencontrée chez BDF il y a plusieurs années, lorsque j’avais tricoté un long gilet de ce type : les fonds de poches sont tricotés à part, puis mis sur un arrêt de mailles. Sur le devant, on rabat le nombre de mailles correspondant à l’ouverture de la poche, et, au rang suivant, on les remplace par celles du fond de poche. On se retrouve avec une sorte de trou dans le devant, d’où pendouille le fond de poche, que l’on n’a ensuite plus qu’à coudre discrètement sur l’envers du tricot. Et la dernière étape : coudre une jolie bande de côtes décorative sur le devant, pour fermer tout ça discrètement!

Harriet 1

Le gilet m’est revenu à une quinzaine d’euros seulement : j’ai profité de la braderie de BDF, à Bar-Le-Duc, l’été dernier, pour acheter vingt pelotes (à 1€ la pelote…). J’en ai utilisé une quinzaine, et les cinq restantes, je suis déjà en train de les utiliser pour faire un petit gilet à capuche pour le marmot.  Vous imaginez bien qu’avec des prix pareils, je ne suis pas repartie qu’avec ça! Et je suis ultra-motivée pour refaire une telle excursion l’été prochain! (Annabelle, si tu me lis, je suis sur les starting blocks!)

Bon, on finit par un tout petit détail, mais qui me tient à coeur :

BO Manowen

Boucles d’oreilles : Manowen

Ces petites beautés qui se balancent doucement à mes lobes, je les avais évoquées lors de mon précédent article… Je les avais repérées sur Manowen elle-même lors d’une soirée tricot, et lui avais lancé une petite boutade, du genre, « si t’as du temps, un jour, n’hésite pas, moi j’aime le violet, le rose et le turquoise! ». Et voilà, elles sont enfin à mes oreilles, et je les adore! Elles sont toutes légères, ce qui me change de mes breloques très lourdes – et ne déplaît pas à mes lobes. Alors d’accord, je fais de la pub, mais Manowen le mérite car non seulement, c’est une chouette fille, toute douce, toute simple et super généreuse, mais en plus, elle fait des merveilles avec ses doigts de fée.

(et puis, sans aucun rapport avec ce qui précède : le rouge à lèvre que je porte sur les photos est le n°1 de Dr Hauschka : pour celles qui aiment les cosmétiques bio de qualité, foncez, il est à tomber!) (à l’image du reste de leurs produits, d’ailleurs)

C’est le premier « vrai » article que je poste sur mon « nouveau » blog, et aussi le premier dont les photos sont prises dans notre nouvel appartement (je sais, depuis le début du blog, j’ai beau avoir déménagé deux fois, on dirait que j’habite toujours au même endroit!! Pourtant, je vous assure, je ne choisis pas mes lieux de vie en fonction de leur cohérence bloguesque!!) : tant de premières fois, ça se fête!!

Bon dimanche à vous toutes!

Bienvenue dans mon nouveau chez-moi!

Après plusieurs mois durant lesquels mon blog affichait une esthétique on ne peut plus épurée et ascétique (pour ne pas dire glaciale), suite aux trois piratages dont il avait été victime, j’ai enfin réussi à trouver un thème qui me convient, et que je parviens à maîtriser, toute seule comme une grande, malgré mon peu de capacités dans ce domaine.

Il y aura sans doute encore de nouveaux changements, mais cette fois, ils seront minimes, car je me sens vraiment bien « ici ». Ce nouvel espace me donne une sorte de second souffle, je suis toute joyeuse à l’idée de vous écrire de nouveaux petits billets pleins de fraîcheur et de douceur!

Je vous ouvre donc les portes de mon nouveau chez-moi virtuel, en espérant que vous vous y sentirez comme chez vous!

La vraie vie #10

Pour garder une petite trace des jolis moments qui saupoudrent le quotidien, pour vous donner , à vous aussi, l’envie de replonger dans la semaine écoulée en essayant de n’en garder que le positif, et aussi, tout simplement, pour vous donner un signe de vie ici, en attendant un article un peu plus créatif : quelques photos prises comme ça, à la va-vite, sans mise en scène et sans envie autre que celle de capturer l’instant présent.

janvier 2015-001vendredi : notre journée à tous les deux, la plus douce, la plus tendre de toute la semaine ■ samedi : partir au boulot en sachant le loulou tranquille à la maison avec son papa, et trouver la ville belle et féérique ■ dimanche : faire des petits gâteaux aux « moisettes » ■ aller écouter et voir Emily Loizeau et ses comparses au 104, avec ma soeur, un gâteau aux moisettes au fond du sac! ■ lundi : commencer la semaine par de la pluie, mais trouver ça fantastique en voyant son bonheur à tenir son parapluie et à sauter dans les flaques sur le chemin de la crèche! ■ et terminer la journée par une soirée cocooning-papotage-bouffe trop bonne entre filles!

janvier 20151

mardi: trouver le pull parfait pour mettre en valeur le beau bracelet fait par ma soeurette ■ mercredi: le voir s’installer par terre à côté de moi à la fin d’une journée speed, et regarder un livre tout seul comme un grand pendant que je cuisine le dîner ■ jeudi:  être efficace au boulot (même si, non Laetitia, moi non plus je ne suis pas à jour dans mes CR!!!)vendredi: passer un moment délicieux en la compagnie de Manowen (et de sa brioche aux pralines rose!), et arborer fièrement depuis mes jolies boucles d’oreilles crées de ses petites mains (il était temps, hein!) ■ samedi: attendre une amie chère et sa choupinette venues passer le week-end chez nous (un week-end copines-enfants! Décidément, yavait pas de place pour les mecs cette semaine!), les guetter par la fenêtre, faire abstraction des carreaux sales et savourer notre chance d’habiter là ■ Les voir jouer ensemble (se chamailler aussi, un peu!), et en profiter pour discuter des heures toutes les deux…

Et comme je commence à vous connaître et que je devine qu’au moins d’eux d’entre vous vont s’inquiéter que Félicie n’apparaisse pas sur ce joli pot-pourri, je devance votre inquiétude :

janvier 2015

Mademoiselle a passé tout le temps d’écriture de cet article à piétiner le clavier et me chatouiller le nez avec le bout de sa queue… Le reste de la semaine, elle, elle l’a passé sur notre couette, sous le plaid du canapé, ou blottie sur l’étagère du placard dans mes foulards douillets. Bref : trop dur, la vie de chat!

Et vous, si vous ne deviez retenir que trois jolies choses de la semaine écoulée?

Quant à celle qui s’annonce, je vous la souhaite toute douce et tranquille (ou énergique et vitaminée, au choix!)… A très vite!

Concours Tilda x tissus.net : les résultats!

 

Kits couture Tilda

Avant toute chose, je voulais vous remercier mille fois d’avoir joué le jeu de l’acrostiche! En lançant l’idée, j’avais vraiment peur que vous trouviez ça trop pompeux, ou idiot, et je pensais que départager les participantes seraient super fastoches puisqu’elles seraient peu nombreuses…

Que nenni!! Encore une fois, j’ai été bluffée par le nombre de participations, et la qualité de vos petits écrits! Je me suis régalée à vous lire, j’ai ri, j’ai rêvé, j’ai cogité, bref, j’ai adoré!

Il faut dire que les tissus étaient vraiment superbes, ça valait le coup de se fouler un peu, hein? Pour moi qui n’ai ni compte IG ni profil facebook, j’avoue être un brin frustrée de ne pouvoir participer à tous les concours intéressants qui tournent sur la blogo : donc chez moi, c’est votre verbe qui compte, pas vos clics! C’est sûr que ça ne me rapporte pas de popularité, d’amis ou de like, mais au moins, j’ai reçu plein de jolies poésies!

J’ai vraiment eu du mal à vous départager, mais j’ai finalement réussi à distinguer les trois petits poèmes que j’ai préférés, dans trois styles différents :

La gagnante du tissu Rita : Marielle.

« Tapé
Incruste
Soirée
Smocking.
Ultimatum :
Sortez! »

 

La gagnante du tissu Leaves : Frimousse.

« Toi petit chat confortablement lové,
Indifférent à mes activités,
Sur mes genoux, ronronnant,
Se moque que mon tricot soit encombrant.
Un peu de place, s’il te plaît,
Sinon je vais devoir te réveiller! »

 

La gagnante du tissu Automntree (qui a eu énormément de succès!) : Audrey.

« Tant d’idées
Irréalisées
Seraient concrétisées
Si je gagnais
Un tout petit bout de ces jolis tissus.
Si seulement… »

 

Bravo les filles! Je vous contacte dans la foulée pour obtenir vos adresses postales.

Et voilà Mesdames… J’ai conscience de faire beaucoup de déçues, mais j’espère pouvoir vous proposer régulièrement d’autres petits concours de cette qualité.

A très bientôt!