Lecture du dimanche

En écho à ce tricot, j’ai donc relu « les Mémoires ». Deuxième lecture, deuxième enchantement… Difficile de choisir un extrait, j’aurais pu vous recopier le livre!

« Pour nous rendre à Meyrignac, nous roulions pendant une heure dans un petit train qui s’arrêtait toutes les dix minutes ; on chargeait les malles sur une charrette à âne et nous gagnions à pied, à travers champs, la propriété : je n’imaginais pas qu’il existât sur terre aucun endroit plus agréable à habiter. (…)

Le premier de mes bonheurs, c’était, au petit matin, de surprendre le réveil des prairies ; un livre à la main, je quittais la maison endormie, je poussais la barrière ; impossible de m’asseoir dans l’herbe embuée de gelée blanche ; je marchais sur l’avenue, le long du pré planté d’arbres choisis que grand-père appelait « le parc paysagé » ; je lisais, à petits pas, et je sentais contre ma peau la fraîcheur de l’air s’attendrir ; le mince glacis qui voilait la terre fondait doucement ; le hêtre pourpre, les cèdres bleus, les peupliers argentés brillaient d’un éclat aussi neuf qu’au premier matin du paradis : et moi j’étais seule à porter la beauté du monde, et la gloire de Dieu, avec au creux de l’estomac un rêve de chocolat et de pain grillé. Quand les abeilles bourdonnaient, quand les volets verts s’ouvraient dans l’odeur ensoleillée des glycines, déjà je partageais avec cette journée, qui pour les autres commençaient à peine, un long passé secret. Après les effusions familiales et le petit déjeuner, je m’asseyais sous le catalpa, devant une table de fer, et je faisais mes « devoirs de vacances » ; j’aimais ces instants, où, faussement occupée par une tâche facile, je m’abandonnais aux rumeurs de l’été : le frémissement des guêpes, le caquetage des pintades, l’appel angoissé des paons, le murmure des feuillages ; le parfum des phlox se mêlait aux odeurs de caramel et de chocolat qui m’arrivaient par bouffée de la cuisine ; sur mon cahier dansaient des ronds de soleil. Chaque chose et moi-même nous avions notre place juste ici, maintenant, à jamais. »

Est-ce que cet extrait de vous donne pas envie de lire à voix haute, tellement ces phrases sont parfaites, totalement équilibrées, avec un rythme parfait et un choix de mots dont on a envie de se délecter?

Bon dimanche soir à toutes.

11 comments

  1. Déborah says:

    Je vais me contenter de cette petite délectation… Et oui, je n’ai pas trouvé le livre à la bibliothèque. Tu aurais pu recopier l’intégralité de l’oeuvre, un extrait me laisse sur ma fin :). A la place, je me suis rabattue sur « Tous les hommes sont mortels ».
    Bonne soirée.

  2. mathilde says:

    @ Marie* : as-tu lu « le 2ème sexe »? Je n’ose pas m’y ateler, pourtant il faudrait que je m’y mette…

    @ sha-ne-no : vas-y, c’est un délice de retrouver cette belle écriture!

    @ Caroline : merci à toi! Je ne suis jamais sûre que es posts sont réellement lus, mais à moi, ça me fait plaisir d’en parler! Tant mieux si vous êtes queqlues unes à en être aussi contente! 🙂

    @ Smokethorn : une amie de ma mère a apparemment eu beaucoup de mal à le lire… J’espère que ça te plaira autant qu’à moi!

    @ Manowen : je suis bien d’accord… Aaaah, Simone… 😉

    @ Hélène : alors, tu t’y es mise?

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