Robe Rosa

Rosa 2
Robe Rosa : La Maison Victor, mars-avril 2015 ■ Tissu : Mondial Tissu

On ne peut pas dire que le choix de ce patron ait été dicté par la voix de la raison. Non, c’est même tout à fait l’inverse! Je crois que c’est mon côté vierge folle (comprenez signe astrologique, hein, le marmot n’étant pas venu par l’opération du Saint-Esprit, je vous rassure) qui m’a soufflé un jour : « Tiens, et si tu te cousais une robe ultra-courte, bien décolletée, dans un tissu qui brille? »

La voix de la petite vierge sage qui, généralement, est la plus forte, a eu beau me hurler : « Noooon! Réfléchiiiis!! Tu ne pourras jamais la porter, ce n’est absolument pas RAI-SON-NABLE! », cette fois-ci, je n’ai entendu qu’un vague murmure auquel j’ai choisi de ne pas porter attention.

Rosa 3

Parce que oui, évidemment, une telle robe, je ne vais pas pouvoir la porter pour aller au boulot (certes, mes petits patients, notamment les gamines, adoreraient le côté princesse du tissu doré, mais mes collègues me demanderaient sans doute si je compte aller au bal de l’ambassadeur en sortant, et j’aurais bien du mal à m’asseoir sur ma mini-chaise devant ma mini-table pour jouer avec la maison de poupée de mon bureau sans montrer ma culotte), ni pour m’occuper du marmot (qui a besoin d’une maman souple, tonique, maléable, grimpable, salissable, et encore tout plein de trucs en -able incompatibles avec une robe courte-décolletée-entissufragile).

Alors pourquoi ai-je fait cette robe?

Eh bien…

Euh…

Parce que j’en avais envie, voilà! Ça vous va, comme réponse?

Rosa 4

C’est vraiment ça. En fait, depuis notre déménagement en novembre, je n’avais pas pu utiliser ma machine à coudre, et ça commençait à me démanger sérieusement. Alors, lorsque je suis passée chez Mondial Tissus lors de mon dernier séjour Lorrain à Noël, comme ça, totalement par hasard, juste pour voir, sans aucune intention sérieuse derrière la tête (pfff, tu parles que je suis crédible!), et que j’ai vu ce magnifique tissu, je me suis dit : « Tiens, mais, tous mes coupons sont en cartons dans le grenier, et celui-ci a l’air tellement facile à coudre! Je vais en prendre un tout petitpetitpetit morceau, juste pour m’occuper les doigts en attendant d’installer sérieusement mon coin couture dans notre nouveau logis… »

Évidemment, l’incompatibilité totale de ce tissu avec mon quotidien m’avait sauté aux yeux. Mais bon, finalement, de temps en temps, il faut bien remettre les choses à leur juste place : mon placard regorge de fringues absolument tristement compatibles avec mon mode de vie quotidien. Donc, quel intérêt que je me couse encore une tenue pratique/confortable/utile? Et puis, je couds pour mon plaisir, donc si ça me plaît de me coudre une robe que je vais porter seulement deux fois par an, eh bien… pourquoi pas, hein? Même si, j’en ai conscience, c’est totalement à côté de la plaque en ce moment, avec tout ce grand courant reflexionniste de la blogo-couture, qui veut qu’on ait des uniformes avec lesquels chaque pièce va avec toutes les autres et est longuement et mûrement réfléchie. Moi, je mûris et je réfléchis au boulot, alors, si je peux éviter de faire ça durant mes loisirs, ça me va très bien! Je plébiscite donc aujourd’hui la couture inutile et totalement fantaisiste!

C’est sur cette réflexion absolument déraisonnable et révolutionnaire (au moins) que j’ai donc finalement empoché mon tout petitpetitpetit coupon scintillant et l’ai ramené à Paris.

Rosa 6

Une fois rentrée, je me suis avisée de trouver un patron adapté. En premier lieu, j’avais dans l’idée de faire ce patron (sans les froufrous du bas et sans les ganses aux poches, donc dans son expression la plus simple), dont je vous avais parlé lors de cet article. Mais tous les modèles du magazine cousus sur la base de ce patron conseillaient l’utilisation d’un tissu plutôt fin et fluide, ce qui n’était pas du tout le cas du mien. J’ai donc renoncé à mon idée première, et me suis mise en quête d’une robe hyper simple, pas trop compliquée à faire (pas envie de me décourager alors que j’ai peu de temps à consacrer à mes loisirs), sans trop de détails (parce que je couds souvent le soir et que ce n’est pas l’idéal pour la minutie…), mais tout de même un minimum originale.

Et c’est au détour d’un magazine La Maison Victor que je suis tombée sur ce que je voulais. Je crois bien avoir acheté la revue exprès pour ce patron : simple, mais seyant, et tout à fait dans la forme que j’aime en ce moment – pas trop près du corps, mais mettant plutôt les jambes en valeur. Et, pour une fois, je me suis autorisée un décolleté (alors que depuis deux ans, pour cause de fonte des neiges dramatique, je bannis ce mot de ma penderie).

Rosa 7

Bon, je comprends que le modèle ne mette pas tout le monde d’accord. C’est un peu vague, on ne voit pas grand’chose de la silhouette cachée là-dessous, mais bon, moi, c’est justement ça que j’aime! Ça me donne un peu plus de volume, voyez?

Concernant la réalisation : j’ai coupé le patron le premier dimanche après-midi de janvier, durant la sieste du loulou, gonflée à bloc après visionnage du replay de la première émission de Cousu Main la veille au soir. Une fois le marmotton réveillé, j’ai donc eu un super assistant, très efficace, qui m’a aidée à mener à bien l’étape délicate du report du patron et de la coupe du tissu :

Robe Rosa 1

J’ai ensuite enchaîné plusieurs sessions couture le soir, après le dîner, en essayant de ne pas dépasser 40min (sinon je me couche trop tard) (et moi, après 22h15, je ne sers plus à rien et je ne fais que des bêtises), et en faisant étape par étape : les pinces un soir, les coutures d’épaules et de côté un autre soir, etc. J’ai attendu d’avoir un après-midi tranquille à la maison sans le loulou pour monter la doublure, car, malgré mes nombreuses années de couture amateure, ce n’est pas une chose que je pratique souvent : j’ai donc besoin d’un minimum de concentration – d’ailleurs, je me suis plantée et l’ai montée à l’envers, donc j’ai dû tout démonter et remonter, en pestant comme pas possible.

J’ai fait tout ça en une semaine.

Et après… j’ai laissé passer trois semaines sans y toucher.En partie parce que je voulais rallonger un peu la robe que j’avais pourtant coupé plus longue que le patron (et c’est le genre de retouche que je n’aime pas faire), et en partie parce que mon emploi du temps ne s’est plus trop prêté à la couture, y compris le soir.

Je m’y suis enfin remise à la fin du mois de janvier, car j’ai eu soudainement envie de passer à un autre projet, et comme je suis incapable de commencer quelque chose sans avoir fini le projet précédent, ça m’a boostée!!

Rosa 8

Elle me plaît beaucoup, mais, si elle était à refaire (ce que je n’exclue pas, comme chacun des patrons que j’ai testés dans ces magazines!), je changerais deux-trois petits détails :

  • avec un tissu aussi épais, je zapperais les poches, qui ont tendance à faire de l’épaisseur aux endroits fatidiques (décidément, en ce moment, moi et mes hanches…)
  • avec un tissu plus fin, je ferais des revers aux manches : j’aime beaucoup la version de L’Ombellifère, qui a pris, il me semble, une sorte de lin plus léger. Aec ce type de tissu, plus sobre, le côté casual des revers de manches est vraiment mignon. Avec mon tissu, c’était inenvisageable : trop épais donc gros bourrelets au lieu de jolis revers, et puis, rien qu’au niveau du style, ça faisait un peu bizarre…
  • quel que soit le tissu, je zapperais aussi la fermeture-éclair, qui n’est absolument pas indispensable et casse le joli creux du V
  • et je la rallongerais d’emblée de 8 centimètres : j’ai rallongé ma robe de 5 cm par rapport au patron, mais lorsque je l’ai essayée avant de faire l’ourlet, je la trouvais impec telle qu’elle. En enlevant la valeur de l’ourlet, ça aurait vraiment été trop court. J’ai donc recoupé une bande dans mes restes de tissu, et l’ai cousue sur le bas de la robe (comme si je voulais faire un ourlet avec du biais, vous voyez?), puis je l’ai repliée vers l’intérieure et cousue à la doublure, pour raccourcir la robe au minimum. C’est ça qui m’a pris trois semaines, hum. Bah, oui, quand je vous dit qu’une fois rentrée à la maison, j’ai plus envie de cogiter, je suis vraiment sérieuse! La longueur finale me convient, mais la couture pire dans la pliure de l’ourlet forme une épaisseur qui ne me plaît pas trop et est bien visible sur les photos.

Ce qui est bien, c’est qu’avec cette robe, j’ai une année d’avance pour le prochain réveillon! (A moins que Monsieur m’annonce ce soir que cette année nous fêtons la Saint-Valentin?… Monsieuuuur?…)

Tiens, d’ailleurs, l’avis de Monsieur : « Ooooh, joli dos! Mais, euh… Ça fait un peu sac, quand même, non? » Bon, bah si on fête la Saint-Valentin, j’ai plus qu’à me rhabiller!!

32 comments

  1. Sewingrosalie says:

    Le patron de la robe rosa attend sagement son tour ici! Ta version est très jolie! Merci de plesbiciter la couture inutile et superflue!!!! C’est exactement mon approche aussi: je couds pour me faire plaisir, en sortent parfois des pièces indispensables à ma garde robe; d’autres fois des pièces moins quotidiennes mais à chaque fois, je prends plaisir à les réaliser!

  2. Marie* says:

    On a bien compris que Mosieur aime les coupes ajustées !!! Il faut dire que tu es foutue pour (et oui, moi aussi, tt a fondu comme neige , personne ne te le dis, ça 😉 Je trouve qu’elle te va très bien et qu il faut bien avoir des robes de fêtes Ce que je trouve dommage c’est le rajout que tu as dû faire en bas et qui, pour le coup ,se voit un peu.Heureusement que tu l’as fait, ça aurait été vraiment court sinon!Version de l’Ombellifere très jolie aussi! grosses bises*

    • mathilde says:

      En même temps, quel homme dira à sa chérie qu’il la préfère dans une robe sac, hein? J’en connais aucun!! 😉
      Je suis bien d’accord, ce bricolage me chiffonne méchamment, je pense qu’il va falloir que je remédie à ça sinon je ne vais pas la mettre!

    • mathilde says:

      Comme le tissu est épais (et doublé, en plus), la ceinture ne donne rien, ça fait de gros plis, c’est vraiment disgracieux… Sans compter que ça remonte la robe de 5 bons cm!! Donc la ceinture, aux oubliettes! Tant pis pour Môsieur! 😉

  3. Nadège says:

    Bonjour !
    Je la trouve très belle cette robe ! Moi qui ne porte des robes qu’avec des leggings ou pantalon fuselé et des boots, je suis sûre qu’elle serait tout à fait vivable au quotidien…
    Trop mignon ton second en couture !
    A bientôt !

  4. Déborah says:

    Rêvons un peu!

    Et si ce soir, tu mettais ta robe dorée…
    Et si ce soir, vous vous retrouviez tous les deux…
    Et si ce soir, Monsieur te disait…
    « Vois-tu, si tous deux nous pouvions,
    L’âme pleine de foi, le coeur plein de rayons,
    Ivres de douce extase et de mélancolie,
    Rompre les mille noeuds dont la ville nous lie ;
    Si nous pouvions quitter ce Paris triste et fou,
    Nous fuirions ; nous irions quelque part, n’importe où,
    Chercher loin des vains bruits, loin des haines jalouses,
    Un coin où nous aurions des arbres, des pelouses ;
    Une maison petite avec des fleurs, un peu
    De solitude, un peu de silence, un ciel bleu,
    La chanson d’un oiseau qui sur le toit se pose,
    De l’ombre ; — et quel besoin avons-nous d’autre chose ? »

    Victor Hugo

    Bonne soirée! Et puis chez vous c’est tous les jours le 14 février, hein?!:)))))

    • mathilde says:

      Ton poème, qui est, encore une fois, une très belle découverte, me rappelle bcp une autre oeuvre de Victor Hugo, que j’ai apprise par coeur tellement elle fait écho à mon état d’esprit, bien souvent! Je me la récite mentalement lorsque j’ai besoin de m’évader… Je pense que tu l’aimeras aussi :

      « Quand le livre où s’endort chaque soir ma pensée,
      Quand l’air de la maison, les soucis du foyer,
      Quand le bourdonnement de la ville insensée
      Où toujours on entend quelque chose crier,

      Quand tous ces mille soins de misères ou de fête
      Ont tenu trop longtemps, comme un joug sur ma tête,
      Le regard de mon âme à la terre tournée,

      Elle s’échappe enfin, va, marche, et dans la plaine,
      Prend le même sentier qu’elle prendra demain,
      Qui l’égare au hasard et toujours la ramène
      Comme un coursier prudent qui connaît le chemin.

      Elle court aux forêts, où, dans l’ombre indécise,
      Flottent tant de rayons, de murmures, de voix,
      Trouve la rêverie au premier arbre assise
      Et toutes deux s’en vont ensemble dans les bois. »

      J’espère ne pas avoir fait d’erreurs, je suis au boulot (pas bien!!), je te l’écris de tête… Tu vois, juste de « parler » poésie quelques minutes m’a totalement portée ailleurs! Merci…

  5. Déborah says:

    Sinon quelque chose de totalement mais totalement futile.
    Tu regardes toujours Cousu main? Tu accroches au programme?!
    Et bien, Roderick c’est mon ancien coiffeur sur Montpellier. Je trouve quand même qu’il coiffe mieux qu’il ne coud:))))).
    Bonne semaine. Bises

    • mathilde says:

      Héhé, j’aime la diversité de tes commentaires!!! 🙂 Trop drôle, ton scoop!! Vous papotiez couture durant le shampoing? 😉 je t’avoue que j’ai du mal à accrocher, j’ai regardé les deux premiers mais ça ne m’a pas autant passionnée que la première saison. Plus l’effet de nouveauté, et un peu d’exaspération quant au casting : les disparités de niveaux sont trop importantes, on voit qui a été retenu pour l’audimat, et qui finira dans le trio de tête dès les premières minutes.
      Bon, toi, t’as une super bonne raison de regarder régulièrement, au moins jusqu’au départ du fabuleux Roderick!!! 😉

  6. watougou says:

    Moi je la trouve très belle cette robe et elle te va à ravir. Alors vive la vierge folle et je suis bien d’accord avec toi, si on ne se fait pas plaisir dans son espace loisirs, alors à quoi bon? Les photos de ton petit assistant ont retenu l’attention du mien (qui a 4 ans) et qui est aussi trèstrèstrès intéressé quand maman coud (mais un peu trop amateur des épingles à bout nacré et coloré 🙁 Alors j’évite… ). Sorte de « baby corporatisme »! Bravo en tous cas et je suis sûre que tu vas trouver des occasions de la porter

  7. Ju' says:

    Tu es toute belle dans cette robe qui brille, tu as bien raison d’avoir laissé parler la vierge folle en toi ! Et je te rejoins là dessus, la couture c’est avant tout le moyen de suivre ses envies et de se faire plaisir en créant de toute pièce le vêtement qui nous fait envie sur le moment (de mon côté je me suis lancée dans une robe à petits carreaux et col claudine bleu, va savoir pourquoi je n’ai encore jamais porté de robe à carreaux mais impossible de m’enlever cette lubie de l’esprit!). Ah et ton petit assistant est adorable, quelle application dans l’étalage du papier de soie sur le tissus ^^

  8. Servanne says:

    Mazette!, elle te va à ravir.
    Vive le tissu qui brille, vive la couture futile.!
    Au moins, tu as une belle robe pour un dîner en amoureux, aller à un gala, juste pour la porter un dimanche comme ça.
    Pourquoi pas? Être belle juste pour soi, à la maison.

    Ton petit assistant a l’air très efficace.
    Et Monsieur m’a fait bien rire quand même, il aime quand c’est près du corps, je n’en doute plus! Et tes hanches sont trèèèès bien.

    Belle journée.

  9. Klava says:

    Et bin, moi je la trouve canon cette robe 🙂
    En tout cas elle est plus jolie que l’escalope 😛
    Et puis tu as trop raison de plesbiciter la couture inutile et superflue 🙂
    Moi aussi, en tricot, je ne fais pas toujours des choses que je vais porter tous les jours, eihn 😉
    Mais ça fait du bien 🙂 🙂 🙂

  10. Marie says:

    Mais qu’elle est jolie ta robe! Et tu as raison, de la couture plaisir de temps en temps (surtout quand le temps dédié à la couture devient limité) ça ne fait pas de mal!

    Le titre de l’article m’évoque la chanson de jacques brel « rosa rosa rosam, rosae rosae rosa, etc »

  11. Joanna says:

    Elle te va très bien cette robe! J’essaye de sortir d’une torpeur non productive en couture comme en tricot ces jours-ci, le contre-coup du rush pour finir tous les cadeaux de Noël et la peur de faire qqch qui ne me mette pas en valeur principalement (le manque de temps et d’espace dédié sont des variables constantes). Alors je le clame haut et fort pour me mettre dans l’élan, vive la couture plaisir!!

  12. lathelize says:

    Adorable, cette petite robe! Et puis, elle est « toi » : dans tes couleurs, de la délicatesse et de la féminité et …du court.
    Tu as bien fait de t’amuser un peu et si ça se trouve tu vas beaucoup la porter .
    Des bises

  13. Elisabeth says:

    Je plebiscite la couture plaisir et pas forcement mettable tous les jours! Si on commence à s’instaurer des règles dans nos loisirs, à quoi bon en avoir?!
    Tout ça pour dire que cette petite robe est top!

  14. Aurore says:

    Je vois qu’on exploite les enfants… bravo 😉
    Pour le coup, elle n’est pas si paillettes que ça cette petite robe, avec un gros gilet doudou elle serait même carrément facilement portable au quotidien bon sauf peut être une journée de consultations avec des minipouces (ma maman est ortho, je comprends d’autant mieux tes propos au sujet de la tenue de combat appropriée).

  15. 24 says:

    J’ai sur le feu une robe à sequins, dont on peut aussi dire que je ne risque pas de la porter souvent 🙂 Mais elle me fait rêver (pourvu qu’elle réussisse !), et rêver fait du bien !
    La fonte des neige, j’ai aussi connu… Mais ça autorise quand même les décolletés, notamment en V, qui peuvent en plus descendre bien plus bas sans attenter à la pudeur !

Laisser un commentaire